Vivre, un don de soi


À l’annonce de notre départ au Togo, mon père m’a dit qu’une œuvre française soutenait financièrement un centre d’action sociale situé à deux heures de route de Lomé.

En France, depuis le bureau du directeur de cette œuvre, j’ai eu un premier contact téléphonique avec Mana, la directrice du centre. Une fois arrivée sur place, je l’ai très vite rencontrée.

Mana est une « sainte ». À partir de rien (au début de sa mission), et depuis 20 ans, elle recueille des enfants aux vies familiales chaotiques ou tout simplement trouvés à leur naissance sous les tables du grand marché, des hommes et des femmes handicapés et donc "maudits et bons à rien" , des sortants de prisons qui, s’ils ne sont pas pris en charge, risquent d’y retourner.
Mon rêve aurait été d’aller là-bas tous les jours faire de l’alphabétisation (je suis professeur des écoles), Mais c’était trop loin !

Qu’à cela ne tienne, j’ai fait autrement : en particulier écouter Mana qui ressent assez fortement la solitude du meneur d’équipe et qui a aussi besoin de partager ses joies et ses peines. Nous avons ensemble rédigé un dossier pour obtenir des financements auprès de la fondation Air France pour monter une ferme-école sur un terrain dont elle avait hérité.

Séjourner avec une « sainte »
Cette rencontre fut merveilleuse pour nous car nous avons pu découvrir une autre facette de ce pays. Séjourner plusieurs fois dans le centre (au titre du « tourisme solidaire ») nous a permis de partager la joie de ces enfants parrainés par des Français, des Suisses et des Belges qui, grâce à l’aide de leurs parrains, peuvent se vêtir et aller à l’école. Cela nous a aussi permis d’accéder à des Togolais qu’on ne rencontre ni dans les cocktails diplomatiques ni dans les activités sportives d’expatriés.

Quand on est diplomate ou conjoint de diplomate la vie est relativement balisée... les rencontres parfois décevantes, avec des personnes qui peuvent être désœuvrées et aigries... Et quoiqu’il en soit, on est toujours vu comme le conjoint de...

Dans chaque poste, je réfléchis à la manière d’occuper intelligemment mon temps, une fois toute la famille bien adaptée à sa nouvelle vie.
En Asie, j’avais été enseignante au lycée français et cela m’avait permis d’avoir mon existence propre et mes journées rythmées par des rencontres saines car j’y étais pleinement « moi-même ». En Afrique, j’ai jugé difficile de renouveler l’expérience, dans un contexte un peu différent, et il m’a donc fallu trouver ailleurs mon existence propre et le sens à donner à mon séjour dans l’un des pays les plus pauvres du continent.

Il y a dans ma famille protestante, une tradition ancienne de bénévolat, qui remonte à la génération de mon arrière-grand-père et aux années 20 et je n’ai donc pas vu cette activité comme destinée à occuper mes journées ou à me donner bonne conscience.
Le bénévolat, soit on en fait sérieusement et correctement, soit on en le fait pas : l’enfer est pavé de bonnes intentions. Il faut donc être encore plus professionnel que dans une activité rémunérée !

Le bénévolat, c’est aussi une manière de tisser des liens avec une partie de la population du pays dans lequel on vit et à laquelle on n’aurait pas accès en dehors de ce cadre.
Mais, évidemment, il y a des écueils à éviter : promettre des choses qu’on ne peut pas tenir, se croire devenu un grand donateur alors que les fonds viennent d’ailleurs… et ne pas être dupe de certains qui nous tournent autour pensant obtenir des avantages (visas...).
Bref, le bénévolat c’est une manière de vivre un don de soi qui ne laisse pas indemne, une autre manière d’aller vers les autres.

Armelle Warnery
2016

Page mise à jour le samedi 28 janvier 2017