Institut du Monde Arabe

Un lieu de dialogue et d’échanges

Inauguré en 1987 par François Mitterrand, dont c’était le premier des « grands projets » l’IMA est le fruit d’un partenariat entre la France et 22 pays arabes.

L’IMA est aussi passionnant à visiter pour son architecture que pour ses collections. Le terrain retenu, quai St. Bernard, avait un défaut. Parcelle de l’ancienne Halle aux vins, il est encadré par la barre massive de la faculté des lettres côté Seine, et le complexe gigantesque de la faculté des sciences, côté parvis. L’architecte Jean Nouvel a choisi de ne pas lutter contre ces deux bâtiments.
Il fallait se servir de leurs masses. En condensant au maximum sa construction, en l’alignant sur la faculté des lettres, il a réussi à créer un vide qui a permis d’amé- nager un vaste parvis. Il imaginait qu’une restructuration du complexe universitaire permettrait de prolonger ce vide jusqu’au Jardin des Plantes. Le terrain était à la frontière de deux Paris, l’ancien, dense et homogène, et le moderne, discontinu et hétérogène. L’IMA, selon Jean Nouvel, ne pouvait être qu’un lieu de dialogue et d’échanges.

Côté Seine, une lame se dresse, de même hauteur que les immeubles du Paris historique. La façade se courbe pour mieux suivre le fleuve.
Côté parvis, la façade est un gigantesque écran ornée de 240 moucharabiehs ajourés, typiques du monde arabe. Entre les deux, une faille braquée sur l’île de la Cité permet de pressentir le patio, cœur de l’ensemble qui gère le dialogue entre les deux mondes.
Sous le parvis, conduisant à l’auditorium, une impressionnante forêt de colonnes massives, espace abstrait et magique, évoque les salles hypostyles caractéristiques des édifices de la culture arabe. Des ascenseurs, aux parois vitrées, nous emmènent au sommet. On traverse la faille sur une fragile passerelle pour déboucher sur la terrasse.

L’IMA a pour centre un vide : le patio. Un vide, source de lumière, d’une géométrie implacable. De l’intérieur on tourne autour sans y pénétrer.
La terrasse offre une vue imprenable sur le vieux Paris. La proue du bâtiment, avec la salle du Haut Conseil et son salon rond, pointe vers Notre-Dame.

Un musée sur quatre étages
Les collections du musée proviennent de dons et de legs des Etats membres dont la Syrie, la Tunisie, le Yémen. Ce fond est enrichi par des prêts de collections particulières.

Première étape : l’antiquité et la période préislamique
Dans le delta du Tigre et de l’Euphrate (Irak), la Mésopotamie est habitée depuis le paléolithique. Les Sumériens y inventent l’écriture cunéiforme en 3500 av J.C. Plus loin, vers 1200 av J.C, les Phéniciens du Royaume d’Ougarit (Syrie) mettent au point la première écriture alphabétique avec 22 lettres représentant les sons du langage : les phonèmes. Ils fonderont Carthage au IXe siècle av J.C, dans l’actuelle Tunisie.
Les objets exposés sont pour la plupart simples et en terre cuite. La présence romaine et la diffusion de la chrétienté sont illustrées par de nombreuses mosaïques, des fragments de statues et des carreaux de parements d’églises ornés de motifs animaliers, qui étaient initialement peints.

A l’étage suivant, nous découvrons la salle « lumières du Kairouan » où est exposée une collection de corans et manuscrits calligraphiques, écrits sur parchemin. Ils proviennent de la collection de la grande mosquée de Kairouan, l’une des plus anciennes et des mieux conservées du monde musulman. Après la mort du prophète, ses compagnons ont rassemblé 114 sourates et 6632 versets ; les premières sourates étant les plus longues. Au détour d’une vitrine, on peut observer un minuscule Coran en rouleau que les voyageurs portaient sur eux. Puis nous voici à l’époque glorieuse de la dynastie des Abbassides (750-1258) qui avaient pour capitale Bagdad, qui devint la plus belle métropole de l’Orient. L’industrie, les arts et les lettres y atteignent leur apogée.

Les Arabes à l’avant-garde des sciences
Les Arabes recueillent l’héritage ancien, grec, babylonien, indien, qu’ils développent. En mathématiques, ils adoptent les chiffres indiens (nos chiffres arabes), ils introduisent le zéro et la notion de l’inconnu (x), ils développent l’algèbre comme discipline indépendante, ainsi que l’astronomie et la médecine.

Le musée expose de nombreux instruments scientifiques, notamment une sphère céleste, un indicateur de Qibla tous deux en bois peint et vernis, un cadran solaire cylindrique, une série d’astrolabes en laiton.

Un ensemble d’objets décoratifs des diverses régions du monde musulman, de l’Inde à la Turquie et à l’Iran est exposé. A noter : un coffre égyptien de scribe en bois incrusté de nacre, de l’époque Ottomane (XVIIIème siècle) et un beau meuble à Coran en bois marqueté.
L’art du tapis noué est bien antérieur à l’apparition de l’Islam. Mais avec son avènement, le tapis devient un espace sacré pour accomplir la prière. C’est pourquoi ils ont souvent un Mihrab au centre pour indiquer la direction de la Mecque. Le tapis est le meuble par excellence, de la maison arabe et l’Institut en expose provenant de différentes régions, dont la Turquie, l’Algérie, le Turkménistan, le Caucase. Après les joies artistiques, nous succombons aux délicieux « mezzés » du restaurant libanais de l’IMA, suspendu entre ciel et terre.

Dilnaz Snrech

Page mise à jour le dimanche 1er octobre 2017