Un choix de vie « active » et utile


Accompagner mon mari autour du monde au gré des nominations a été, comme pour tous les conjoints, un chemin parsemé de surprises, dans la découverte des pays et par les défis à relever.

Inutile de m’attarder sur l’impossibilité à mon époque de travailler en poste, l’AFCA traite régulièrement et ce depuis le début de sa création, des difficultés qui sont et seront toujours similaires, malgré les changements de mentalité et les avancées obtenues dans ce domaine.
Dès lors la question se posait : que vais-je faire de ce temps libre, une fois les enfants adolescents et le mari occupé par son travail du matin au soir y compris souvent les week-ends ? Comment pouvais-je me sentir utile sans un emploi avec un salaire à la clé ? La réponse était autour de moi : la plupart des pays où nous avons séjourné étaient en proie à des nécessités matérielles et sociales criantes.

Improvisée volontaire
Au gré des postes, je me suis improvisée volontaire : tantôt pour accompagner des dames âgées ayant quitté la France depuis de nombreuses années, pour tenir un centre de documentation au sein de l’ambassade, m’occuper d’enfants en voie d’adoption, éditer un livre de cuisine, récolter des fonds pour des handicapés mentaux… J’ai géré pour le compte d’une ONG des dons reçus des entreprises françaises présentes dans le pays, pour construire des salles communautaires, avec la création d’une boulangerie de quartier, d’un atelier de couture et bien d’autres projets… la liste est longue.
Au retour à Paris, mon engagement se tournait naturellement vers le milieu associatif de notre ministère au sein de l’AFCA ou de Bienvenue en France.
Ma toute dernière expérience, la plus présente dans ma mémoire et qui m’a marquée particulièrement, est celle d’un projet mené au Nicaragua, deuxième pays le plus pauvre d’Amérique latine. Autant dire que les besoins sont énormes et les sollicitations nombreuses.

Chef de chantier au Nicaragua
J’ai choisi de mener un projet du début jusqu’à la fin, pour la réalisation de deux œuvres à caractère social dans une zone extrêmement pauvre et isolée non loin de Managua, la capitale. Une communauté de paysans (sans terres, sans eau potable et sans moyens) essayait de « survivre » en haut de collines cernées par les fumées d’un des nombreux volcans du pays. Ces fumées, présentes de façon quasi permanente provoquent des maladies respiratoires et dermatologiques surtout pour les enfants. Difficile de rester insensible devant tant de misère.
Grâce à des fonds récoltés par une association du corps diplomatique, j’ai entrepris de m’improviser une nouvelle fois « chef de chantier » pour la construction d’un réfectoire dans une école publique locale. Obtenir du ministère de l’Education l’autorisation de construire sur le terrain de l’école la « cantine scolaire », puis trouver un véritable architecte bénévole travaillant sur des projets des Nations-Unies. Il a fallu ensuite trouver des entreprises de construction locales en mesure de nous faire la donation d’une partie des matériaux, négocier les prix du ciment, des briques, du bois et des structures métalliques, quand il était impossible de les obtenir gratuitement. Nous avons négocié avec la municipalité locale pour qu’elle achemine l’eau potable jusqu’à l’école et la communauté.
Nous avons pu démarrer la construction grâce à l’aide volontaire des parents de la communauté, pas toujours disponibles, mais avons dû composer avec un chantier souvent interrompu par une route coupée lors du passage d’une tempête tropicale… Il faut dans ce cas garder l’espoir et ne pas céder au découragement.

De la vannerie en papier
En parallèle à cette construction, la création d’un atelier de recyclage de papier journal a permis à d’autres personnes, membres de l’association diplomatique, (certains membres de l’AFCA présents sur ce projet, se souviennent sûrement de cette belle expérience), de travailler de façon admirable à enseigner aux mamans de la communauté à utiliser le papier journal pour faire de la vannerie, artisanat traditionnel du pays comme dans la plupart des pays latino-américains. Le résultat a été rapide et encourageant : de belles pièces créées et vendues sans difficulté dans les centres d’artisanat du pays et des commandes venues des Etats-Unis pour des quantités que notre petit groupe ne pouvait hélas assumer. C’est la preuve que notre travail et notre démarche allait dans le bon sens.
La cantine scolaire tenue par un autre groupe de mamans fonctionne encore aujourd’hui. La nourriture provient directement de donations de différents programmes alimentaires et les enfants, souvent absents, reviennent depuis de façon permanente à l’école car les familles trouvent ainsi la possibilité de nourrir et d’éduquer leurs enfants.

Même si le bénévolat consiste à donner de son temps, de ses compétences sans rien attendre en retour, le plaisir de voir les objectifs fixés atteints, et surtout le sourire et le bien-être des personnes que l’on a côtoyées, est une immense source de satisfaction et d’enrichissement personnel.
Difficile cependant d’imaginer quelle certification on pourrait cibler aujourd’hui pour obtenir la validation des acquis d’expériences aussi diverses sur le terrain !

Marina Lafosse
2016

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Page mise à jour le mercredi 22 février 2017