Ne pas perdre la main


Ne pas perdre la main et développer de nouvelles connaissances, telle est mon conseil.
Il est évident que, pour beaucoup d’entre nous, le fait d’avoir un travail rémunéré qui corresponde à notre formation et qui nous plaise, est très important. Cela réaffirme notre désir de liberté, d’indépendance, et joue un rôle fondamental dans notre développement personnel, que ce soit sur le plan de l’intégration ou de l’estime de soi, sans oublier bien sûr, l’aspect financier.

Quand j’ai fait la connaissance de mon conjoint au Chili, je connaissais une situation idéale. Je travaillais dans une organisation humanitaire depuis sept ans, un domaine que j’aime beaucoup, j’étais salarié, j’avais des horaires, des objectifs à atteindre, et j’avais un dossier où je pouvais ranger soigneusement mes fiches de payes toutes les fins de mois. Mais il fallait faire un choix. Lorsque la mission de mon conjoint a pris fin, nous avons décidé, après une période de réflexion, de rentrer ensemble à Paris.
S’installer dans cette ville signifiait repartir de zéro, m’adapter à une culture différente, apprendre une nouvelle langue et chercher, dans la mesure du possible, une activité rémunérée ou pas. C’est dans ce contexte que le bénévolat est devenu une alternative efficace, qui m’a permis de trouver une occupation et de me sentir moins isolé.

A Paris, ma langue maternelle est un plus
Quelques mois après mon arrivée à Paris, et plus à l’aise avec la langue française que j’apprenais dans une école, j’ai pris contact avec une organisation humanitaire de parrainage d’enfants, qui cherchait des traducteurs de lettres du français vers l’espagnol. C’était parfait en tant que Chilien. Cette première expérience m’a servi à rencontrer des gens, pratiquer et améliorer le français, être occupé et découvrir que ma langue maternelle pouvait être un plus.

Avec le temps, et après un bilan de compétences, j’ai réussi à suivre une formation dans le domaine du social et j’ai pu finalement trouver un emploi stable dans un organisme d’assistance aux personnes handicapées. Cependant, après avoir travaillé un an, j’ai dû démissionner afin d’accompagner mon conjoint en poste à Montevideo.
Je commençais alors à vivre et à mieux comprendre la réalité de beaucoup de conjoints de diplomates : il fallait être flexible, s’adapter rapidement aux changements et apprendre à laisser derrière soi certaines choses. Je savais que cette nouvelle étape en Uruguay allait comporter des défis et qu’il était fort probable que je ne pourrais pas travailler, mais au moins, je me sentais plus confiant puisque je connaissais très bien la langue du pays et la culture latino-américaine, ce qui représentait un grand avantage.

Dès mon arrivée, j’ai été contacté par deux associations liées à l’Ambassade de France : Montevideo Accueil et l’Association Diplomatique d’Aide, dans lesquelles j’ai décidé de m’investir.
Cette dernière, liée au domaine humanitaire, m’a spécialement motivé car elle était en pleine adéquation avec mon parcours professionnel et mes études de communication réalisées au Chili. Le travail volontaire dans cette association m’a donné l’occasion de rencontrer des gens extraordinaires, des Uruguayens et des expatriés dans un bureau exécutif avec lequel nous avons réussi à organiser de nombreux événements et récolter des fonds pour aider des personnes en situation difficile, touchées par la maladie ou la pauvreté.

A Montevideo, accord gagnant-gagnant
Raconter de façon détaillée cette enrichissante expérience me prendrait beaucoup de temps, mais je peux vous affirmer qu’avoir participé en tant que membre actif dans cette association était le bon choix. Un accord gagnant-gagnant. Ils ont reçu mon aide professionnelle, et le fait d’occuper le poste de chargé de la communication, me donnait un statut. Je n’étais pas uniquement « le conjoint de », j’étais reconnu pour mon rôle et mon travail, ce qui, sans aucun doute, est très valorisant. J’ai pu aussi, grâce à la maîtrise de l’espagnol, et à mon réseau de contacts, intégrer le directoire d’un magazine, où j’ai eu l’opportunité de publier plusieurs articles et interviews.
Lors de notre retour à Paris en 2012, je savais que j’allais à nouveau être confronté à la difficulté de trouver une activité et que le temps était compté considérant que nous avions, mon conjoint et moi, la possibilité de repartir en poste trois ans après. Cette fois, j’ai décidé d’investir un autre terrain qui m’a toujours attiré : celui de l’art... Ce qui m’a conduit à prendre contact avec la Maison du Chili, une association culturelle dans laquelle j’ai participé à l’organisation de plusieurs expositions d’artistes chiliens. Durant cette même période, j’ai eu la surprise et le plaisir d’être élu membre du Conseil d’administration de l’AFCA et j’ai intégré son Bureau exécutif.

Paris-Bruxelles, et toujours à l’AFCA
Le temps à Paris s’est vite écoulé. J’écris ce témoignage depuis Bruxelles, ville dans laquelle mon conjoint a été affecté en septembre de cette année. Une fois de plus, il a fallu laisser certaines choses derrière moi et une fois de plus il va falloir s’adapter au changement, mais je pense pouvoir continuer à administrer à distance la page Facebook de notre association, projet que nous avons décidé de mettre en œuvre en 2014 et participer également, de façon virtuelle, aux réunions de notre Bureau exécutif. Vive les nouvelles technologies !
Pour conclure, et d’après mon vécu, je dirais que le bénévolat est un moyen de se maintenir actif, et de ne pas « perdre la main ». Bien sûr, ce n’est pas la réponse idéale au souhait d’avoir ses propres ressources financières. Néanmoins, il peut représenter une alternative dont nous pouvons tirer profit d’une autre façon.
Notre société moderne, et plus concrètement, le choix de vie que beaucoup d’entre nous ont fait, nous obligent à faire face aux changements, à nous adapter, à apprendre à être créatifs, à nous réinventer. Alors, pourquoi ne pas envisager le travail bénévole également comme une manière de découvrir ou de développer de nouvelles connaissances ?

Mario Bustamante
2016

Page mise à jour le samedi 28 janvier 2017