Le bénévolat culturel


Le bénévolat culturel : source d’expérience unique.
Comme bien d’autres conjoints, j’ai découvert le bénévolat à l’étranger. En France : pas le temps. On privilégie sa famille, son travail, ses loisirs... En outre, de nos jours, le bénévolat est parfois mal connoté (le temps est révolu des « dames patronnesses » souvent riches et oisives, un tantinet ridicules) ou mal perçu, peu pris au sérieux (parce qu’on n’est pas rémunéré pour une tâche, on l’accomplit mal).

A l’étranger, pour peu qu’on ait renoncé à sa carrière pour suivre son conjoint, ou que l’on se soit mis, comme ce fut mon cas, « en congé de l’Education nationale », pour peu qu’on se retrouve en poste dans un pays pauvre alors que le conjoint est bien payé, la tentation est forte de s’adonner au bénévolat.
Je passerai sur les ventes de charité, « cooking demo » etc. dans le cadre des « Women International Club » et autres associations locales auxquelles j’ai toujours été inscrite, pour m’arrêter sur un autre type de bénévolat, le bénévolat « culturel ». Semblable à Monsieur Jourdain dans « Le Bourgeois Gentilhomme » découvrant avec béatitude qu’il s’exprime en prose, j’ai pratiqué cette forme de bénévolat sans savoir que c’en était !

Car le bénévolat, ce n’est pas seulement distribuer de la nourriture aux sans-abris ou tenir compagnie à des personnes en fin de vie, c’est aussi faire profiter autrui de ses compétences quelles qu’elles soient, de son expérience ou de ses talents, cela sans recevoir d’argent en retour. Et quand on en retire de la joie et une certaine forme d’épanouissement, cela vaut bien un salaire. Alors, pourquoi s’en priver, surtout si, à long terme, il débouche sur une activité sinon rentable, du moins utile pour soi-même.
Pendant mon premier séjour en Afghanistan, j’enseignais au lycée de filles et, grâce à un emploi du temps assez souple, j’ai participé avec beaucoup de plaisir à l’activité « théâtre » du Centre culturel français, où nous avons monté des pièces de Molière avec des étudiants afghans francophones.

Vive le théâtre en poste
Même chose à Saint-Pétersbourg où, dans le cadre de l’Institut de la culture d’une part et celui de l’Alliance Française d’autre part, j’ai participé à des spectacles en français avec des acteurs russes professionnels et monté « Pour un oui ou pour un non » de Nathalie Sarraute, jouée également à Moscou.
A Kiev, au début des années 2000, outre des articles en anglais que je rédigeais régulièrement pour une revue culturelle (j’ai ainsi « couvert » des spectacles de danse contemporaine venus de France et même un défilé de Jean-Louis Scherrer) j’ai écrit et monté des spectacles de sketches (« Des soucis et des femmes », « Tous en famille » et « Serpent rose », joués aussi à Karkov et plus tard à Kaboul et à Karachi) avec une comédienne et metteur en scène ukrainienne francophone, une grande dame du théâtre aujourd’hui décédée et à qui je tiens à rendre hommage : Olga Nirod.
Travailler avec des acteurs professionnels ! Jamais je n’aurais pu le faire en France, moi qui n’avais à mon actif, outre mes études de Lettres et une formation de danseuse, qu’une brève et incomplète formation de comédienne. Comme quoi le bénévolat peut mener loin...

Avec les « Off » d’Avignon
C’est ainsi que je me suis retrouvée, de retour en France, à travailler avec une compagnie professionnelle installée dans l’Ain, habituée du « Off » d’Avignon : La Charabotte, dirigée par Joël et Martine Lagarde. Dans le cadre de leur festival « Théâtre sur un plateau », j’ai joué mon monospectacle « Serpent rose », et écrit pour eux ma pièce « Bavarde et Pécuchette » ainsi que des sketches qui sont aujourd’hui à leur répertoire.

A Tachkent, j’ai donné des cours d’initiation au théâtre aux élèves (Ouzbeks, Français ou autres) de l’Ecole française, écrit pour eux une pièce « Que le bal commence », et pour les étudiants du Centre culturel français des sketches « pédagogiques » joués plusieurs fois par eux avec succès.
Dans tous les pays où j’ai vécu, et tout en poursuivant mon travail personnel d’écriture, j’ai également valorisé mes diplômes universitaires en donnant des conférences sur la littérature française contemporaine des années 50 à nos jours sous le titre : « Du Nouveau Roman aux romans nouveaux ».

Expérience en communication
Ainsi, de cours de théâtre en spectacles, d’articles en conférences, et toujours de façon bénévole, j’ai développé au fil du temps et au contact d’autres cultures, une compétence « en communication » que je n’aurais probablement pas acquise en me contentant d’exercer ma profession d’enseignante. Je me retrouve ainsi, presque sans l’avoir voulue, en tout cas sans l’avoir planifiée, avec une expérience unique, donc précieuse. Et ce bagage me permet désormais de « rentabiliser » mon acquis : je fais régulièrement, à Paris et en province, des « présentations-dédicaces » de mes romans (que j’appelle des « fictions documentaires » car tous ont pour thème ces pays où le hasard m’a fait vivre). La dernière en date ? « De Kaboul à Kiev : un parcours romanesque ».

Ces interventions dans des clubs de lecture, des médiathèques ou des associations privées viennent en complément du travail effectué par les attachés de presse des maisons d’édition chez qui je publie mais sont, il faut le dire, d’une efficacité encore plus grande. Car ce constat se vérifie de plus en plus : dans le domaine de la lecture, il n’est pas de meilleure publicité que le bouche à oreille !

Lyane Guillaume
2016

Page mise à jour le samedi 28 janvier 2017