La première expatriation est un saut dans l’inconnu

Nous partons vivre à l’étranger, nous voulons mettre de l’aventure dans notre vie. Dans la fièvre du départ se mêlent excitation, peur, tristesse, mais surtout un grand espoir vers une nouvelle étape de vie. Cette première expatriation va se décliner en une multitude d’autres premières expériences, et sans doute en bien des surprises. Bientôt notre rêve va se confronter à la réalité – réalités du pays, du couple et de nous-même. Nos espoirs vont se transformer en une mosaïque de sentiments.

En un saut d’avion, notre vision du monde va se muer en un regard neuf.
Dans un premier temps, nous restons sur l’élan de nos espoirs et nous nous émerveillons facilement. Mais bientôt, nous réalisons que nous venons d’arriver dans un monde dont la cohérence nous échappe, et où très vite nous devons apprendre à fonctionner. Cette phase de découverte s’apparente à ce que nous avons pu vivre à l’adolescence et aux questions que nous nous posions alors : qui suis-je, quelle est ma place, de quoi ai-je l’air, suis-je à la hauteur ? Nous vivons une véritable mue dans un monde où notre identité sociale devient inefficace, obsolète, et où l’image que nous portons sur nous-même se fissure.

La première expatriation est un saut dans l’inconnu, qui va nous faire prendre conscience de notre appartenance culturelle. Dans un cadre culturel et social connu, nous pouvons comprendre, anticiper, et agir – et tout cela inconsciemment. Ce confort crée en nous un sentiment de sécurité, que nous perdons lorsque nous quittons l’espace du connu. Sortir de notre environnement, nous permet de nous rendre compte à quel point nous nous définissons à l’intérieur d’un cadre culturel. Nous réalisons que nous regardons la réalité à travers un filtre. Ce recul sur nous-même et sur nos références culturelles, fera de nous des expatriés, à jamais, même après le retour en France. Nous passons d’une « identité à 2 dimensions » à une « identité 3D », grâce à ce regard extérieur que nous poserons désormais sur notre propre culture et sur nous-même. En devenant ainsi « citoyens du monde », notre univers s’ouvre potentiellement à une multitude de « compatriotes ».

Après une période de lune de miel de quelques mois, nous entrons dans une phase plus trouble, et traversons notre premier « choc culturel ». Nous sommes traversés par des sentiments contradictoires, qui se manifestent par surprise. Comment comprendre une tristesse sans deuil, une colère sans but, une peur sans objet ou une excitation sans joie ? Ces sentiments labiles sont déroutants ; ils nous révèlent une nouvelle image de nous-même. Ces sentiments sont normaux ; ils constituent le « choc culturel », et généralement s’apaisent après quelques mois. En ce début de première expatriation, notre besoin serait d’être écouté, entendu, rassuré par des personnes plus expérimentées qui peuvent mettre des mots sur ce qui nous arrive. Cette écoute et ce dialogue sont importants, ils nous aident à nous valider comme « normal ».

S’appuyer sur le couple
Pendant cette période, le couple devient un lieu de sécurité où le regard de l’autre nous confirme dans notre identité. Entre nous-deux, nous sommes dans un espace de connu. Un très jeune couple expatrié vit un double défi : d’une part celui de se construire, de sortir de sa période de lune de miel et de se confronter à la réalité de l’autre, et, d’autre part, celui de devoir faire face à un monde étranger, sans guère pouvoir bénéficier des soutiens sociaux et familiaux habituels. Quelle surprise de constater que bien souvent la famille et les amis restés au pays ne comprennent pas nos interrogations, ni nos plaintes, et qu’ils y répondent en nous rappelant la grisaille de Paris ou notre choix de partir !

En outre, le couple expatrié vit aussi un décalage, rarement identifié avant le départ, entre celui qui travaille et celui qui ne travaille pas. Le premier peut s’appuyer sur ses relations professionnelles pour s’adapter, l’autre doit, seul, construire son réseau. Ils vivent par conséquent une réalité différente, où chacun traverse sa part de solitude. Se sentir alors écouté par l’autre et suffisamment en confiance pour dévoiler sa vulnérabilité, permettra d’avancer seul, et à deux, sur ce nouveau chemin. Avec le recul, on peut dire que le couple est le pilier d’une expatriation réussie. En prendre soin, et rester joyeux, joueur et audacieux au milieu des tourmentes normales, vont aider à rendre l’expatriation un moment de découverte de l’autre et du monde.

Une dynamique d’accélération
Arriver dans un nouveau pays s’apparente parfois à un stage de survie. Je me souviens être partie la première fois avec dans mes bagages « l’arabe facile », pour entrer tout de suite en contact avec les gens du pays. Espoir de débutant ! Toute personne qui est déjà partie en expatriation sait qu’il lui faudra quelques mois d’adaptation, de flou, de maladresses et de réajustements, avant de comprendre les gens et de s’en faire comprendre. Elle sait qu’elle arrivera à s’adapter, mais qu’elle ne s’intègrera jamais complètement, que, malgré les actions de bienvenue, elle connaitra la solitude. Elle sait qu’elle doit d’abord compter sur elle et se donner des objectifs personnels et réalistes pour chaque poste. Enfin, elle connait les ressources qu’elle a su déjà mettre en œuvre pour s’adapter et vivre à l’étranger. Elle sent que sa vie est riche et qu’elle a un sens, même si elle n’en connait jamais la direction trois ans à l’avance !

Partir une première fois en expatriation, c’est mettre sa vie dans une dynamique d’accélération, surtout pour le conjoint qui accompagne. La première semaine où le conjoint se retrouve seul est un moment de face à face avec soi-même qui peut se révéler intense - temps de solitude nécessaire qui va le conduire à aller chercher en lui des ressources nouvelles. Il a rendez-vous avec son histoire : à lui de choisir son chemin. Le premier chemin est très calme, il est sur un pont ; peu de choses s’y passent. Certaines personnes vivent l’expatriation comme une apnée : ils recréent, autant que possible, leur monde connu, en attendant le retour vers la sécurité. Le second chemin est multiple, il explore tous les recoins du paysage. Certains expatriés cherchent à tout connaitre, se lancent dans l’hyperactivité et l’efficacité à tout prix ; ce peut être pour éviter de faire face à leur sentiment de vulnérabilité… Le troisième chemin est surprenant, il prend des courbes inattendues et parcourt harmonieusement le paysage. Il est des personnes qui saisissent l’opportunité de l’expatriation, osent se mettre en mouvement, acceptent de se perdre… pour découvrir. En effet, s’ouvrir à un autre monde, c’est laisser en arrière une partie de soi, abandonner certaines habitudes pour permettre l’émergence de nouvelles ressources et devenir plus soi-même.

Une première expatriation se prépare, mais ne peut totalement se prévoir, car c’est en traversant les sentiments que l’on apprend à y faire face. Les choses importantes à mettre dans les valises sont la confiance, l’audace, la patience et l’acceptation.

Gardons en mémoire ces moments, car il y a une similitude entre ce que nous vivons lors de notre premier départ, et lors de notre premier retour en France. Nous aurons alors besoin des qualités d’adaptation développées lors de nos installations à l’étranger. L’expatriation est une bonne école de vie, car vivre, c’est traverser une suite de transitions.

Marine de Labriolle
Psychopraticienne en Psychosynthèse
Accompagnatrice Parentale
mdelabriolle@vousaccompagner.fr
www.vousaccompagner.fr

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Page mise à jour le mercredi 23 mai 2018